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La crise suicidaire

Structure

- Définition
- Caractéristiques
- Causes et facteurs de risque
- Prise(s) en charge
- Le suivi après la crise suicidaire
- Annexes : les particularités de la crise suicidaire. Repères & recommandations
- Bibliographie

Définition

Il s’agit d’une crise psychique dont le risque majeur est le suicide. On entend par crise un moment d’échappement, une rupture par rapport à une situation habituelle.

Le patient en crise suicidaire exprime un sentiment d’échec et l’idée de se trouver dans une impasse. C’est un état réversible temporaire ; ce n’est pas une maladie en soi, mais l’expression d’une maladie ou d’un problème psychologique.

La crise suicidaire est difficile à identifier. Bien souvent, le patient en crise suicidaire a consulté un médecin avant le passage à l’acte suicidaire.

Pour la prise en charge, le recours au médecin pourrait être systématique, mais ce n’est pas la solution à tout et la possibilité de cette action médicale dépend aussi de la qualité de l’entourage.

Caractéristiques

Une crise suicidaire se repère par :

  • L’expression d’idées ou d’intentions suicidaires, de messages directs ou indirects
  • Les manifestations d’une crise psychique : anxiété, tristesse, irritabilité, agressivité, dévalorisation…
  • Un contexte de vulnérabilité : dépression, affection psychiatrique, alcoolisme, toxicomanie, statut conjugal, social ou professionnel

Causes et facteurs de risque

Les facteurs de risque

Les facteurs primaires :

  • les troubles psychiatriques, les antécédents personnels et familiaux de suicide
  • La communication d’une intention suicidaire. Un comportement impulsif.

Ils sont en interaction et ont une valeur d’alerte importante au niveau individuel et surtout ils pourront être influencés par le traitement.

Les facteurs secondaires :

  • Les pertes parentales précoces,
  • l’isolement social,
  • le chômage,
  • les difficultés financières et professionnelles,
  • les évènements de vie négatifs…

Les facteurs tertiaires :

  • l’appartenance au sexe masculin,
  • l’âge (grand âge et jeune âge),
  • les périodes de vulnérabilité (phase menstruelle par exemple).

Ils ne peuvent être modifiés et n’ont de valeur prédictive qu’en présence de facteurs primaires ou secondaires.

Les facteurs de protection

  • La qualité du support social ou familial : l’implication et l’acceptation par l’entourage de prendre en considération la crise suicidaire assurent un climat protecteur.
  • Le fait de ne pas se sentir isolé : l’isolement est un facteur de risque élevé de passage à l’acte. Les manifestations affectives ou amicales de l’entourage sont des facteurs importants de protection.
  • L’acceptation d’une prise en charge : la relation de confiance avec un thérapeute ou une équipe thérapeutique et l’acceptation par le patient en crise d’une prise en charge est un des facteurs d’évolution favorable.

Prise(s) en charge

Evaluer la dangerosité et l’urgence

  • Le niveau de souffrance : désespoir, repli sur soi, sentiment de dévalorisation, idées de culpabilité.
  • Le degré d’intentionnalité : idées envahissantes, recherche ou non d’une aide, élaboration d’un plan ou d’un scénario en vue d’un passage à l’acte.
  • Les éléments d’impulsivité : instabilité du comportement, agitation motrice, antécédents d’un passage à l’acte.
  • Un éventuel élément précipitant : conflit, échec, rupture, perte.
  • La présence de moyens létaux : armes, médicaments…
  • La qualité de soutien de l’entourage ou le contraire : capacité de soutien ou renforcement du risque (rejet ou conflit)

Les modes d’intervention possibles

Deux axes complémentaires :

  • Le premier est temporel : il associe une intervention de crise et un suivi au long cours.
  • Le second associe une prise en charge de l’individu et une implication de l’entourage familial et social.

Les interventions proposées doivent être adaptées aux différents contextes dans lesquels se trouve le sujet. Elles devront tenir compte des interrelations.

La famille et l’entourage proche

Accorder une valeur au ressenti et aux inquiétudes de l’entourage familial et faciliter la mise à la disposition des familles des informations susceptibles d’améliorer le repérage de la crise suicidaire.

Le milieu socioprofessionnel

L’infirmière et le médecin du travail sont des interlocuteurs privilégiés.

Le médecin généraliste

Le généraliste est le médecin de premier recours, élément central de la prise en charge médicale, aussi bien dans le repérage, le traitement et le suivi et en association avec les autres intervenants du champ sanitaire et social, en particulier le psychiatre.

Les réseaux d’accueil et d’écoute

Si l’écoute téléphonique a montré une amélioration de l’état de mal être entre le début et la fin de l’entretien, cela peut faciliter l’accès aux soins et au processus de prise en charge.

Les services d’urgence

Le passage aux urgences hospitalières intervient dans les situations de crise en phase aiguë, après une tentative de suicide ou après l’annonce à l’entourage de l’intention de l’intéressé(e).

Les psychiatres

Le psychiatre peut intervenir à toutes les phases de la crise suicidaire.
Son rôle :

  • faire une évaluation de la crise suicidaire
  • repérer les pathologies éventuellement associées à la crise suicidaire
  • dans tous les cas, mettre en place une approche psychothérapique pour traiter les facteurs psychologiques de la crise suicidaire
  • utiliser éventuellement des psychotropes en fonction des pathologies psychiatriques éventuellement associées

L’hospitalisation

L’hospitalisation, comme un moyen de protection, est recommandée si le risque suicidaire est élevé. Elle permet d’établir une relation de confiance avec le patient, de se centrer sur sa souffrance en ayant le souci de favoriser les soins ultérieurs.
En cas de refus de l’hospitalisation et si la dangerosité de la situation l’impose, il pourra être nécessaire de recourir aux dispositions de la loi de 1990.
L’HDT (hospitalisation à la demande d’un tiers) ou HO (hospitalisation d’office) sont des mesures d’assistance, dont le patient doit être informé sans délai.

Le suivi après la crise suicidaire

80% des patients ont consulté un médecin généraliste ou un psychiatre, peu avant leur passage à l’acte.

Il existe un risque majeur de récidive dans l’année : 10 à 20 % des patients refont une tentative de suicide dans l’année qui suit. Et pendant cette période le risque de décès par suicide est de 1%.

Le taux de récidive est plus élevé chez les patients qui abandonnent le suivi ou qui sont perdus de vue.

La compliance au traitement est plus importante lorsqu’un suivi est proposé au patient et lorsque les équipes ont mis en œuvre une relance systématique (téléphone ou courrier).

Annexes

Les particularités de la crise suicidaire : comment la repérer et quelles premières mesures adopter ?

Chez l’adulte

Repérage : les idées de suicide sont peu exprimées en dehors de la relation au médecin. La crise psychique se manifeste par un sentiment d’échec, d’injustice, des difficultés professionnelles ou relationnelles dans le couple.
La vulnérabilité est repérée au niveau du statut conjugal, social ou professionnel, et peut être altérée par un harcèlement au travail.
Recommandations : établir une relation de confiance, une attitude de bienveillance qui favorisera le recours aux soins.

Chez la personne âgée

Repérage : les idées suicidaires sont rarement exprimées par les personnes âgées. La crise suicidaire peut se manifester par une attitude de repli et un refus de s’alimenter. La vulnérabilité est caractérisée par l’existence d’une dépression, du veuvage et de maladies somatiques fréquentes.
Recommandations : être attentif à la possibilité d’une éventuelle dépression, d’une souffrance somatique ou d’une maltraitance devant un changement de comportement.

Chez la personne atteinte de troubles psychiques

Repérage : les idées suicidaires sont soit exprimées soit dissimulées.
La crise suicidaire se manifeste par une alternance entre des moments à haut risque et des moments d’accalmie. La vulnérabilité est la maladie psychiatrique elle-même.
Recommandations : prendre contact avec les thérapeutes habituels et s’assurer de la sécurité par rapport à des objets ou médicaments dangereux.

Chez la personne souffrant d’addiction ou d’alcoolisme

Repérage : les idées de suicide ne sont pas conscientes et le risque suicidaire peut être important et imprévisible. L’abus de substance peut être considéré comme un facteur de protection et de risque. La vulnérabilité est constituée par plusieurs facteurs : impulsivité, dépression, chômage, séparations, maladies somatiques.
Recommandations : le risque suicidaire doit être recherché et prévenu surtout si chômage, séparation ou dépression associée.

Chez l’enfant

Repérage : les idées et les intentions suicidaires sont rarement exprimées. La crise suicidaire se manifeste par des problèmes somatiques mal étiquetés, des troubles de la communication ou une hyperactivité.
La vulnérabilité se retrouve au niveau de l’isolement affectif, lors de bouleversements familiaux et dans un contexte de maltraitance.
Recommandations : ne pas chercher à résoudre le problème seul. Il est nécessaire d’en parler à l’enfant sans que cela soit intrusif. Signaler le risque à la famille et au médecin scolaire et assurer un lien avec le médecin généraliste ou le spécialiste.

Chez l’adolescent

Repérage : les idées ou les intentions suicidaires de l’adolescent ont longtemps été jugées banales. La crise psychique se manifeste par un fléchissement scolaire, des conduites déviantes ou ordaliques, une anorexie, des crises de boulimie, une attirance pour la marginalité, une violence sur soi, une fugue, une prise de risque au niveau sexuel. L’adolescence est elle-même une période de vulnérabilité avec ses échecs, les ruptures sentimentales et les conflits d’autorité.
Recommandations : créer un climat d’empathie pour permettre un accompagnement vers les professionnels et les réseaux spécialisés existants.

Dans l’armée

Repérage : les idées de suicide peuvent être repérées par un geste symbolique. La crise psychique se manifeste par des trouble des conduites : héroïsme, fuite en avant, prise de risque, automutilation, fugue, désertion, abus d’alcool ou de toxique.
Une plus grande vulnérabilité se retrouve en fin de service militaire, lors d’une affectation lointaine, par le port permanent de l’arme, ou lors d’un Syndrome de Stress Post Traumatique.
Recommandations : l’entourage non professionnel a une place importante dans le repérage du trouble suicidaire.

Dans les prisons

Repérage : les idées de suicide sont fréquentes au début de l’incarcération. La crise suicidaire se manifeste par une demande de soins et des gestes auto-agressifs. La perte d’une situation professionnelle antérieure, l’entrée à la prison, la période précédant le jugement sont des éléments importants de vulnérabilité.
Recommandations : une attention particulière pour les mineurs et les jeunes adultes qui entrent en prison et dans le cas des automutilations à répétition.

Bibliographie

  • Conférence de consensus, « La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge » (Paris, 19 et 20 octobre 2000) - Fédération Française de Psychiatrie et John-Libbey ed. Paris, 2001
  • CHAGNON F., MISHARA B., L’évaluation de programmes en prévention du suicide, Québec : Presses de l'Université du Québec, 2004« La prise en charge des suicidants et son évaluation » – Professeur Jean-Louis TERRA avec le concours du Dr François TORRES – 4ème Congrès National des Internes en Psychiatrie – Montpellier, 4 octobre 2007.

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